Tumbleweed & Dandelion, l’histoire incroyable de la première boutique d’Abbot Kinney

À Venice Beach, sur le mythique Abbot Kinney Boulevard, une jolie maison de style cottage abrite l’une des boutiques de décoration les plus singulières de Los Angeles. Ouverte en 1997 par Lizzie McGraw, Tumbleweed & Dandelion a vu naître autour d’elle un quartier devenu emblématique. Rencontre avec une créatrice qui a su garder son âme.

Tumbleweed & Dandelion est de ces boutiques magiques dont l’histoire insolite mérite qu’on la raconte. Plus qu’un simple commerce, c’est un lieu qui offre un rêve, une atmosphère, une inspiration sans pareille. Une de ces adresses qu’on chérit, qu’on visite pour réchauffer son cœur ou simplement se sentir à la maison. C’est à Los Angeles, au coin du feu, que Lizabeth K. McGraw, dite Lizzie, la créatrice de l’enseigne, a accepté de nous raconter l’incroyable parcours de sa boutique.

Une boutique qui détonne

Vue depuis le fameux boulevard d’Abbot Kinney, dans le quartier de Venice à Los Angeles, Tumbleweed & Dandelion est une jolie maison de style cottage traditionnel américain. Elle étonne et détonne dans un paysage fait de boutiques modernes logées dans des petits immeubles design. Véritable grand-mère du quartier, cette baraque survivante héberge aujourd’hui une formidable boutique de décoration.

Elle est également le témoin silencieux de l’évolution fulgurante d’un quartier qui, en vingt ans, est passé d’une zone malfamée à l’un des coins les plus prisés de la ville. C’est pourtant durant les années les moins glorieuses de la rue qu’une jeune femme prénommée Lizabeth arrive ici et écrit les premières lignes de la drôle d’aventure de Tumbleweed & Dandelion.

Les débuts: 1997, une jeune femme et un rêve flou

En 1997, Lizzie vient de quitter New York pour emménager à Los Angeles. Elle a peu d’argent, n’est pas vraiment sûre de sa voie, mais elle est créative et débrouillarde. Rapidement, elle trouve un emploi dans un cabinet de décoration. De sa propre initiative, elle récupère des meubles dans la rue, les repeint, les rénove et les revend. Un jour, consciente du talent de la jeune femme, une de ses collègues lui propose d’ouvrir une boutique ensemble. L’idée n’enthousiasme pas particulièrement Lizzie, qui finit tout de même par accepter à une condition, que le futur magasin se trouve près de la plage.

Les deux jeunes femmes débarquent alors à Abbot Kinney. À cette époque, la rue n’a rien d’attirant. Réputée dangereuse, elle n’offre qu’un restaurant barbecue situé deux numéros en dessous du fameux cottage. Mais les loyers sont bon marché et la plage toute proche. Les filles ouvrent leur boutique dans cette maison et démarrent leur activité de rénovation et de vente de meubles.

Julia Roberts comme première cliente

Très tôt, l’histoire prend une tournure dont seul Hollywood semble capable d’écrire le scénario. « J’ai commencé cette boutique sans argent et, allez savoir pourquoi, l’une de mes premières clientes a été Julia Roberts. Elle a eu un coup de cœur sur la boutique et a acheté une grosse partie de ce que nous vendions. Grâce à elle, nous avons pu grandir rapidement et gagner en confiance. »

Mais le rêve est de courte durée. Un an après le lancement, alors que les affaires marchent bien, l’associée de Lizzie dépense en douce tout l’argent de la boutique en meubles pour sa propre maison et en cartes téléphoniques pour appeler à l’étranger (les portables n’existent alors pas encore). Lizzie découvre des factures de 20 000 dollars de cartes téléphoniques. Elle se sépare de son associée et s’attelle à rembourser les dettes au nom de la boutique.

« J’ai emprunté de l’argent à mon père, j’ai continué à travailler plus dur que jamais pour payer les dettes. C’est quand j’ai terminé de rembourser que j’ai eu le déclic. Je voulais absolument continuer de travailler pour cette boutique alors que plus rien ne m’y obligeait. »

Démarre alors une lente progression, construite uniquement par le bouche-à-oreille.

À bout de souffle

Mais à force de travailler comme une acharnée, Lizzie s’épuise. Prête à abandonner, la vie lui offre un signe inattendu qui lui redonne espoir.

« C’était un jour de 1998, je crois. J’étais exténuée. Cela faisait plus d’un an que je travaillais tous les jours, sept jours sur sept, sans relâche. Un soir, à minuit, alors que j’avais terminé de travailler dans la maison d’un client, je suis allée dans une épicerie, désespérée de ne pas savoir si j’allais vraiment pouvoir continuer tant j’étais fatiguée. J’ai vu un magazine. Je l’ai ouvert, et là, surprise, j’y ai découvert des images d’une maison avec ma décoration et des meubles que j’avais faits. Alors certes, je n’étais pas créditée, mais je me rappelle avoir pensé que ce n’était pas grave. Je savais que c’était moi qui avait fait ça. Le simple fait d’apparaître dans ce grand magazine venait de me donner la force et la raison de continuer. »

Lizzie repart motivée et enchaîne les contrats durant plusieurs mois. Malgré sa bonne volonté, elle tire toujours le diable par la queue. Un troisième signe du destin arrive alors et ne la fera plus jamais douter.

Le coup de pouce du destin

« Il y avait ce journal qui faisait rêver ma mère, Victoria Magazine. Une parution très populaire dans laquelle tout le monde voulait voir son travail apparaître. À cette époque, c’était grâce à la presse que nous pouvions être reconnus. Aujourd’hui, c’est différent avec les réseaux sociaux, mais à ce moment, la presse était l’influence centrale. Je rêvais secrètement d’y paraître un jour pour rendre heureuse et fière ma mère qui aimait tellement ce magazine. »

Un vendredi soir à 20h, Lizzie est avec Katie, l’une de ses employées. Elles prennent un verre de vin à la fin de leur journée de travail.

« Alors que nous discutions, je lui ai révélé ce rêve secret. Au moment où je lui ai dit ça, une femme s’est approchée de nous et nous a demandé qui était le designer du lit en exposition. J’ai répondu que j’en étais la créatrice. Elle m’a alors dit qu’elle voulait exactement le même mais dans une autre taille. J’ai acquiescé et lui ai dit que je pouvais le faire pour elle. La femme m’a alors regardée droit dans les yeux et m’a dit, ‘Mon nom est J. Taylor et je travaille pour Victoria Magazine.' »

Lizzie marque une pause.

« Voilà. Tu vois, c’est avec ce genre de coup de pouce du destin que tu te dis que c’est ok, que quoi qu’il arrive, tu seras capable de gérer les prochaines difficultés et que tu es exactement là où tu dois être. »

Une identité particulière

Depuis, Tumbleweed & Dandelion n’a cessé de croître et de se développer, profitant aussi de l’évolution et de la notoriété d’Abbot Kinney qui s’est imposé peu à peu comme un boulevard incontournable de Los Angeles. Avec ses avantages, la sécurité, une grande visibilité et une affluence de clients. Mais aussi avec ses inconvénients: notamment des prix de loyers devenus hors de contrôle, qui obligent Lizzie et son équipe à se battre pour conserver leur place et la maison abritant la boutique.

« J’ai essayé maintes fois d’acheter cette maison depuis toutes ces années, mais ils n’ont jamais accepté. Je la loue depuis vingt-deux ans. Le loyer était raisonnable pendant longtemps, mais maintenant, c’est devenu une pure folie. »

Mais il en faudrait plus pour ébranler la créatrice, déterminée. « Je ne bougerai pas d’ici. C’est ma rue, j’étais là avant tous ces gens et tous ces commerces. J’ai un vrai feu de cheminée dans mon magasin, ce qui est une vraie rareté ! Ma boutique donne de la joie aux gens, donc je le répète, je ne bougerai pas d’ici. »

Et elle peut compter sur son équipe. Formée de passionnés souriants qui portent Tumbleweed comme leur propre projet, il règne ici un esprit de famille chaleureux qui, à l’image de la boutique elle-même, invite à se sentir chez soi.

La boutique elle-même est un cottage rempli d’objets de décoration et de meubles soigneusement choisis. Paniers, draps, coussins, lampes, bancs, miroirs, autant de pièces qui composent un univers à part entière. Y faire un tour, c’est ressortir la tête remplie d’inspiration et d’idées. Au fond de la maison, un jardin aménagé en patio, avec des canapés réalisés par Lizzie et des coussins si accueillants qu’on aimerait pouvoir s’y installer pour y rester des heures.

Une boutique singulière dont le style, très Venice Beach, traduit une personnalité formée d’inspirations multiples. Ici, il y a quelque chose de français. Là s’exprime un style shabby qu’on croirait composé d’objets de brocante plutôt chic « mais jamais précieux », affirme Lizzie, qui revendique le charme simple, chaleureux et cosy de ses pièces.

Une adresse à découvrir

Tumbleweed & Dandelion est sans doute l’une des boutiques les plus singulières de Los Angeles. Une adresse précieuse pour qui cherche l’authenticité dans une ville où les commerces éphémères se succèdent à toute vitesse.

Cette maison-boutique résiste, portée par l’énergie de Lizzie et de son équipe. Elle incarne ce que Venice Beach avait de plus beau avant que le quartier ne devienne peut-être un peu trop lisse, trop policé. Elle rappelle qu’une boutique peut être bien plus qu’un simple commerce. Un lieu de vie, une source d’inspiration, un refuge.

À découvrir lors d’un prochain passage dans la mégalopole californienne.

Pour aller plus loin

-> L’adresse: Tumbleweed & Dandelion, 1502 Abbot Kinney Blvd, Venice, CA 90291. Site web tumbleweedanddandelion.com.

-> Le livre: Creative Style: Liveable, Loveable Spaces, publié par Lizzie McGraw en 2022 pour les 25 ans de la boutique, présentant quatorze de ses projets d’intérieurs favoris. Disponible en anglais sur le site de la boutique et sur Amazon.

-> Pour prolonger la visite à Venice: notre article complet sur Los Angeles, qui aborde notamment Abbot Kinney et ses meilleures adresses.

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