À une vingtaine de minutes au sud de Las Vegas, sept totems fluorescents s’élèvent en plein désert du Nevada. Signée par l’artiste suisse Ugo Rondinone, l’œuvre Seven Magic Mountains est devenue en quelques années l’une des installations contemporaines les plus photographiées de l’Ouest américain. Récit d’un dialogue audacieux entre nature minérale et geste artistique et de son avenir aujourd’hui incertain.
On roule depuis quelques minutes sur la I-15, en direction du sud de Las Vegas, lorsqu’elles apparaissent soudain à l’horizon. Sept colonnes de pierres empilées, peintes de couleurs vives, plantées au milieu d’un décor minéral presque monochrome. Avec Seven Magic Mountains, l’artiste suisse Ugo Rondinone a signé une installation devenue, en quelques années, l’une des œuvres contemporaines les plus visibles et photographiées de l’Ouest américain.
Né en 1964 à Brunnen, en Suisse, Ugo Rondinone est aujourd’hui l’un des artistes contemporains suisses les plus reconnus à l’international. Il a notamment représenté son pays à la Biennale de Venise en 2007, et ses œuvres figurent dans les collections permanentes du MoMA de New York et du Centre Pompidou à Paris.
Située à une vingtaine de minutes du célèbre Strip, l’installation agit comme une transition visuelle et symbolique. Entre l’immensité silencieuse du désert et l’intensité artificielle de Las Vegas, elle introduit une rupture, presque un basculement. Ici, la nature brute dialogue avec une intervention humaine assumée, colorée, presque irréelle.
Une œuvre entre land art et expérience sensorielle
Inaugurée en mai 2016, l’œuvre se compose de sept totems de roches locales, empilées jusqu’à atteindre entre 9 et 10,5 mètres de hauteur. Leurs teintes fluorescentes, roses, jaunes, verts, bleus, oranges, tranchent radicalement avec les nuances sableuses du désert environnant.
Le site de Jean, près du Dry Lake, n’a pas été choisi au hasard. Il s’inscrit dans une histoire plus large du land art américain, un territoire d’expérimentation où des artistes comme Michael Heizer ou Walter De Maria ont laissé des œuvres devenues références du genre. Dans cette continuité, Rondinone interroge la présence humaine dans des paysages que l’on considère souvent comme intouchés.
Mais l’installation ne se contente pas d’être visuelle. Elle agit comme une expérience. De loin, elle évoque des cairns monumentaux, ces empilements de pierres qui marquent le passage humain. De près, elle trouble les repères, entre équilibre fragile et artificialité assumée. Une œuvre simple en apparence, mais qui repose sur un contraste puissant: celui entre permanence géologique et geste artistique éphémère.
Un avenir incertain: vers un déplacement de l’œuvre ?
Initialement pensée comme une installation temporaire, Seven Magic Mountains devait être retirée dès 2018. Face à son succès (environ 325 000 visiteurs par an), sa présence a été prolongée à plusieurs reprises. Aujourd’hui, son avenir entre dans une nouvelle phase. Le bail qui lie l’œuvre au Bureau of Land Management expire fin 2026, notamment en raison de l’extension de l’aéroport international Harry Reid. Dans ce contexte, le Nevada Museum of Art, propriétaire de l’installation, étudie activement son déplacement.
Le comté de Washoe, au nord de l’État, a déjà voté l’octroi de fonds pour accueillir l’œuvre, avec une relocalisation envisagée du côté de Reno. Un projet estimé à 500 000 dollars, qui pourrait redéfinir l’expérience de l’installation, notamment dans un environnement radicalement différent, parfois marqué par la neige.
La décision finale reviendra toutefois à l’artiste lui-même. D’autres options, notamment dans le comté de Clark, restent à l’étude. Entre ancrage local et nouveau souffle, l’avenir de Seven Magic Mountains reste ouvert.
Une raison de plus, pour celles et ceux qui prévoient un passage par le Nevada en 2026, de prendre la route du désert avant que ces sept totems ne migrent vers une nouvelle géographie. L’œuvre, telle qu’elle existe aujourd’hui, ne sera bientôt plus.
Pour aller plus loin
-> L’installation: Seven Magic Mountains, à environ 30 km au sud de Las Vegas sur la I-15. Site visitable librement et gratuitement, parking sur place, à privilégier au lever ou au coucher du soleil pour la lumière. Site officiel pour les informations mises à jour.
-> Pour découvrir l’œuvre de Ugo Rondinone: le site de l’artiste (ugorondinone.com), et son installation Human Nature exposée en 2013 à Rockefeller Plaza, New York.
-> Sur le land art américain: le livre Land Art de Gilles A. Tiberghien (éditions Carré, 2012), référence francophone sur le mouvement.