Série: Daisy Jones & The Six, le chef-d’œuvre esthétique qui ressuscite les 70s

Daisy_Jones_and_the_six_La_Vie_Boheme
Sortie en mars 2023 sur Amazon Prime Video, la mini-série tirée du roman de Taylor Jenkins Reid avait emporté tout sur son passage. Trois ans plus tard, l’objet continue d’irriguer une part entière de l’imaginaire bohème contemporain par sa beauté, par sa musique et par ce cadeau de faire revivre une époque dans tout ce qu’elle avait de plus magnétique.

Il y a des séries qu’on regarde et qu’on oublie. D’autres qu’on regarde et qui changent durablement quelque chose dans la manière dont on se coiffe le matin, dont on choisit ses bagues, dont on imagine les pièces où l’on aimerait vivre. Daisy Jones & The Six appartient à cette deuxième famille, la plus rare, la plus précieuse. Trois ans après sa sortie, elle continue de tourner sur les playlists, de circuler sur les tableaux Pinterest et d’inspirer une part entière de l’imaginaire bohème d’aujourd’hui.
Pour celles qui ne l’auraient pas vue, et pour celles qui auraient envie d’y replonger, retour sur l’un des plus beaux objets esthétiques produits par la fiction télévisuelle de ces dernières années.

Une histoire de groupe inspirée du plus grand

Adaptée du roman éponyme de Taylor Jenkins Reid paru en 2019, la mini-série en dix épisodes retrace l’ascension fulgurante puis la chute d’un groupe de rock fictif dans la Californie des années 1970. L’autrice a souvent reconnu sa dette à l’égard de Fleetwood Mac et de son disque mythique Rumours. La dynamique brûlante entre Billy Dunne et Daisy Jones rappellant évidemment celle de Lindsey Buckingham et Stevie Nicks, jusque dans la composition à deux voix marquée par le désir, la rivalité et l’impossibilité.
Au centre de la série, donc: Daisy, jeune femme libre venue de Los Angeles, voix prodigieuse et personnalité ingouvernable, et Billy, leader du groupe, songwriter tourmenté, mari fidèle et père récent qui se bat contre ses propres démons. Leur rencontre, qui aurait dû produire une collaboration et rien de plus, devient le moteur secret du groupe et aussi ce qui finira par le faire imploser.
Autour d’eux, le reste du Six compose une galerie attachante: Camila Dunne, l’épouse de Billy et photographe officielle du groupe (Camila Morrone); Karen Sirko, la claviériste à la présence magnétique (Suki Waterhouse); Graham Dunne, le frère de Billy à la guitare lead (Will Harrison); Eddie Roundtree à la basse (Josh Whitehouse); Warren Rojas à la batterie (Sebastian Chacon) et Simone Jackson, l’amie d’enfance de Daisy partie embrasser la scène disco new-yorkaise (Nabiyah Be).

Un objet esthétique total

C’est sur le terrain de l’esthétique que la série a véritablement basculé du côté du chef-d’œuvre. Le travail accompli sur tous les fronts, direction artistique, costumes, décors, photographie, colorimétrie, relève d’une exigence qu’on voit rarement à ce niveau d’aboutissement.
Les costumes d’abord. Signés Denise Wingate, ils reconstituent avec une précision presque documentaire le vestiaire californien du milieu des années 1970: robes longues en mousseline, jeans pattes d’éph, vestes en daim à franges, blouses paysannes, chemises en jean délavé, ceintures conchos, foulards noués dans les cheveux, et cette manière typique de superposer plusieurs colliers, plusieurs bagues, plusieurs textures. Le tout sans jamais verser dans le costume folklorique. On n’a pas l’impression de regarder un défilé, mais des gens qui s’habillent vraiment.
Les décors et intérieurs, ensuite. Les maisons du Laurel Canyon, les studios d’enregistrement, les chambres d’hôtel sur la route, chaque pièce semble avoir été habitée par les personnages depuis des années. Bois patiné, tapis persans, plantes vertes, vinyles empilés, lumières chaudes, posters punaisés aux murs. Une décoration qui n’a rien d’un staging Pinterest: elle raconte une époque et un mode de vie.
La colorimétrie, enfin, achève le tableau. Le traitement de l’image; grain léger, dominantes ambrées, lumières dorées des fins d’après-midi californiens, contrastes profonds qui rappellent les pellicules Kodachrome, crée cette sensation troublante de regarder des archives plutôt qu’une fiction. C’est sans doute là le grand tour de force: Daisy Jones & The Six parvient à donner l’illusion d’un documentaire sur un groupe qui n’a jamais existé.

L’album qui a déjoué la fiction

Et puis il y a la musique. C’est probablement la prouesse la plus inouïe de toute la production !
Pour la série, les producteurs ont choisi de ne pas se contenter d’une bande originale composée à part. Ils ont commandé un véritable album, Aurora, sorti chez Atlantic Records le 3 mars 2023, composé par Blake Mills et co-écrit avec un casting de musiciens prestigieux dont Marcus Mumford, Jackson Browne et Phoebe Bridgers. Onze titres originaux, enregistrés par les acteurs eux-mêmes, qui forment un disque cohérent, beau, et qui pourrait passer pour un véritable album perdu de la fin des années 1970.
L’expérience a d’ailleurs pris des proportions inattendues ! À sa sortie en mars 2023, Daisy Jones & The Six est devenu le premier groupe fictif à atteindre la première place du classement iTunes américain. L’album s’est hissé en haut des charts vinyles chez plusieurs distributeurs, les morceaux ont cumulé des millions d’écoutes sur Spotify, et les fans du monde entier ont commencé à réclamer une tournée pour un groupe qui n’existe qu’en fiction.
Le plus saisissant tient au parcours des deux interprètes principaux. Pour parvenir à ce résultat, le tournage avait été précédé d’un camp d’entraînement musical qui devait durer quelques semaines et s’est finalement étendu sur dix-huit mois à cause des reports liés au Covid. Riley Keough et Sam Claflin, qui ne chantaient pas et ne jouaient d’aucun instrument avant le projet, ont appris la guitare et le chant pendant près de deux ans pour incarner crédiblement leurs personnages. Le résultat dépasse l’exercice de virtuosité technique: on les croit, pleinement, intégralement, comme musiciens.

L’héritage Elvis Presley

Petite anecdote à laquelle on revient toujours avec le sourire : Riley Keough, qui incarne Daisy Jones avec une intensité saluée jusque dans les nominations aux Emmy Awards 2023, n’est autre que la petite-fille d’Elvis Presley. Fille de Lisa Marie Presley et héritière d’une dynastie qui a marqué l’histoire du rock américain, elle n’avait pourtant jamais publiquement chanté avant ce rôle. À l’écouter dans Aurora, on comprend que certaines choses circulent dans le sang plus puissamment qu’on ne veut bien l’admettre.

Pourquoi cette série continue de hanter le bohème contemporain

Trois ans après, l’objet n’a rien perdu de sa puissance. Mieux: il s’est inscrit dans une généalogie esthétique que la mode et la décoration n’ont pas fini d’exploiter. Sur Pinterest, « Daisy Jones aesthetic » reste l’une des recherches les plus actives pour la mode festival et boho. Les pièces inspirées de la série: de robes longues vaporeuses, vestes à franges, accessoires conchos ou encore bottines en daim, habillent chaque saison une part entière du vestiaire bohème printemps-été.

C’est qu’au-delà des costumes et de la musique, Daisy Jones & The Six a su mettre des images sur un imaginaire que beaucoup de boho contemporains portent en eux sans toujours savoir le nommer: celui d’une époque où la création passait avant les calculs, où l’on se réunissait dans des canyons pour faire de la musique entre amis, où la liberté semblait avoir vraiment quelque chose à voir avec un mode de vie et pas seulement avec une posture esthétique.
C’est sans doute pour cela qu’on y revient. Pas seulement pour la beauté des images. Pour ce que cette beauté nous raconte de nos propres aspirations contemporaines et de tout ce que cette décennie qu’on n’a pas vécue continue, mystérieusement, de nous offrir.

Pour aller plus loin

-> La série: Daisy Jones & The Six, dix épisodes, disponible sur Amazon Prime Video.
-> Le roman: Daisy Jones & The Six, Taylor Jenkins Reid, Éditions Charleston (en français), 2019. À lire absolument, même après avoir vu la série ! La construction sous forme d’entretiens croisés y est encore plus saisissante que dans l’adaptation.
-> L’album: Aurora, Daisy Jones & The Six, Atlantic Records, 2023. Disponible en vinyle, CD et sur toutes les plateformes de streaming.
-> Pour prolonger l’écoute: Rumours de Fleetwood Mac (1977), évidemment, mais aussi Court and Spark de Joni Mitchell (1974) et Late for the Sky de Jackson Browne (1974).

Partager cet article

À lire aussi

Écoutez le podcast

La Vie Bohème

Le podcast

Écoutez nos playlists

La bande-son de
vos échappées

La boutique

La Vie Bohème

Pièces & objets choisis
avec âme

Generic selectors
Exact matches only
Search in title
Search in content
Post Type Selectors
Generic selectors
Exact matches only
Search in title
Search in content
Post Type Selectors